Comité Consultatif National d'Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé RAPPORT
LA STERILISATION ENVISAGEE COMME MODE DE CONTRACEPTION DEFINITIVE
L'avis du Comité Consultatif National d'Ethique a été sollicité à plusieurs
reprises par des praticiens désireux de voir plus largement débattues les questions
d'éthique et de déontologie médicale que soulèvent certaines demandes de
stérilisation. Ceux-ci expriment leur souci des conséquences, pour le corps médical et
paramédical, ainsi que pour les patient(e)s, d'une évolution dans les indications de
la stérilisation qui paraît se faire en contradiction évidente avec un cadre légal
restrictif. En particulier, certains anesthésistes vont jusqu'à refuser d'apporter leurs
soins lorsqu'ils estiment que l'intervention prévue n'est pas conforme à l'état du
droit: il leur a été récemment rappelé qu'en cas d'accident majeur, les compagnies
d'assurances pourraient ne pas rembourser les dommages et intérêts éventuels dans
un procès pour faute technique alléguée, si l'intervention chirurgicale devait être
jugée illicite.
En effet, il ressort de l'interprétation du droit français qu'est illégale toute
atteinte aux fonctions reproductrices d'une personne, non justifiée par une nécessité
thérapeutique et pour laquelle, sauf cas d'extrême urgence, le/la patient(e) n'a pas
donné son consentement. En dehors de ces cas, certains estiment qu'il existe des
raisons valables pour réaliser des stérilisations à visée exclusivement contraceptive
chez des personnes qui en ont exprimé la demande et qui, après information et
réflexion, prennent une décision libre et éclairée. Ce point de vue paraît aujourd'hui
renforcé par le fait que les progrès techniques des méthodes chirurgicales permettent
d'envisager, au prix d'une autre intervention, la réversibilité éventuelle d'une
stérilisation. Certains vont jusqu'à considérer que la stérilisation peut être traitée
comme une méthode de contraception parmi d'autres. Or, il est capital de savoir si
une intervention chirurgicale créant un état d'impossibilité anatomique de procréer
doit être envisagée comme un acte aboutissant à un état temporaire ou définitif de
stérilité, surtout pour la personne qui aura à donner son consentement à cette
intervention.
Dans cette optique, la stérilisation des personnes handicapées mentales
constitue un cas particulier: en effet, la demande de stérilisation contraceptive
émane presque toujours d'un tiers, ce qui soulève d'emblée la question de la validité
du consentement de la personne directement concernée. Les besoins des personnes
handicapées mentales en matière de contraception et l'opportunité éventuelle d'une
stérilisation posent des problèmes complexes qui ont déjà fait l'objet d'une analyse et
d'une réflexion spécifique du CCNE dans son avis n°49 du 3 avril 1996.
Une réponse aux problèmes soulevés par les saisines ne peut être apportée, le
cas échéant, que par le législateur. Le CCNE estime néanmoins remplir sa mission
en apportant au débat que les auteurs des diverses saisines appellent de leurs voeux,
une réflexion sur les problèmes proprement éthiques soulevés par la pratique
actuelle de la stérilisation. Cette réflexion fait l'objet du présent rapport.
CONTRACEPTION ET STERILISATION DANS LE MONDE ET EN FRANCE
Dans toutes les sociétés, des pratiques variées témoignent du souci intemporel
d'exercer un effet sur la fécondité; le souhait de favoriser ou de limiter les
conceptions et les naissances n'est donc pas une idée récente ou propre à notre
temps1 . Cependant, depuis le début de ce siècle, les recherches sur la fertilité, et en
particulier sur la régulation hormonale du cycle de fécondité chez la femme, ont
conduit à de nombreuses applications contraceptives, dont l'une des caractéristiques
principales est leur grande efficacité. Même des méthodes de contraception plus
anciennes et moins efficaces, souvent dites de barrière parce qu'elles visent à faire
obstacle à la fécondation, ont été perfectionnées. Les techniques de stérilisation
contraceptive, masculines et féminines datent également du début de ce siècle et ont
été depuis sensiblement améliorées pour que puisse être envisagée leur réversibilité.
C'est ainsi qu'aujourd'hui, les personnes qui ont une activité sexuelle et souhaitent
limiter leur fécondité disposent d'une importante gamme de moyens techniques.
Les préférences en matière de pratique contraceptive sont toutefois variables
d'un pays à l'autre, et même d'une région à l'autre dans un même pays. En effet,
toute méthode contraceptive est le produit d'une culture nationale ou locale et, à
chaque époque et dans chaque pays, la population privilégie les techniques qui lui
paraissent les mieux adaptées (ou dans certaines circonstances, s'adapte à celles qui
lui sont proposées ou imposées).
Selon les données publiées par les Nations Unies sur les pratiques
contraceptives2, la stérilisation féminine apparaît aujourd'hui comme la méthode
de contrôle de la fécondité la plus répandue dans le monde: dans l'ensemble, 17%
des femmes en couple et en âge de procréer (définies généralement comme étant les femmes âgées de 15 à 49 ans) ont été stérilisées pour des raisons médicales ou dans un but contraceptif. Si l'on tient compte uniquement des pays en voie de
développement, cette valeur s'élève à 20%. Dans certains de ces pays, la stérilisation féminine concerne un pourcentage très élevé de femmes (République Dominicaine, 39%; Corée, 35%; Chine, 34%). Dans beaucoup de pays africains en revanche, le pourcentage est négligeable - entre 1 et 2%: en effet, les moyens contraceptifs sont, de manière générale, peu répandus dans cette région du monde (ils ne concernent que 18% des hommes et des femmes en couple et en âge de procréer). Dans les pays développés, le pourcentage des femmes stérilisées en couple et en âge de procréer est de 8%, mais dans certains pays comme le Canada ou les Etats-Unis, la stérilisation concerne jusqu'à respectivement 31% et 23% de ces femmes.
La stérilisation masculine à but contraceptif est beaucoup moins répandue:
dans le monde, elle ne concerne que 5% des hommes, et l'écart dans les fréquences
entre les pays développés et en voie de développement est moins frappant (4% et 5%
respectivement). La stérilisation masculine apparaît toutefois mieux acceptée dans
des pays développés, tels que le Royaume Uni (16%), les Etats Unis (13%), le Canada
(13%) et l'Australie (10%). Quelques pays en voie de développement font état
également de moyennes plutôt élevées: la Corée (12%), la Chine (10%). C'est
d'ailleurs dans cette région du monde (Chine, Corée, et Hong Kong) que l'ensemble
des pratiques contraceptives est le plus largement diffusé (elles concernent jusqu'à
79% des hommes et des femmes en couple et en âge de procréer); les taux y sont
même supérieurs à ceux des pays occidentaux.
Dans certains pays, un élément déterminant dans la faveur accordée à la
stérilisation comme méthode de contraception est l'absence de contrainte pour
l'utilisateur, une fois la stérilisation effectuée, et son coût faible par rapport à
d'autres techniques de contrôle de la fécondité. La stérilisation est, en effet, un acte
unique aux effets définitifs et n'implique pas de prise en charge médicale suivie. Le
fait que, dans certains pays comme les Etats-Unis, la prise en charge par une
assurance maladie du coût de l'intervention ne soit pas généralisée peut influer sur
le choix dans un couple de recourir à la stérilisation de l'homme ou de la femme - la vasectomie étant, en effet, moins onéreuse.
L'efficacité et la permanence de la stérilisation en font le moyen par excellence
d'arrêter définitivement la fécondité : tel paraît être en tout cas le motif principal du
recours massif à la stérilisation au Canada et aux Etats-Unis, où la pilule ne joue un
rôle que dans l'espacement des naissances, jusqu'à ce que soit atteint le nombre
d'enfants souhaités3. Toutefois, dans de nombreux pays, y compris la France, les
préférences portent plutôt sur les méthodes réversibles (le stérilet et la pilule), y
compris comme contraception d'arrêt, surtout lorsque le suivi contraceptif est pris
en charge par une assurance maladie.
En France, la loi du 28 décembre 1967 autorise la fabrication et la vente des
contraceptifs (pilule, stérilet, préservatif). Ainsi, selon une enquête de l'INED
réalisée en 19944, parmi les douze millions de femmes âgées de 20 à 49 ans, 65%
avaient recours à une méthode de contraception. 32% des femmes n'étaient pas
concernées par la contraception: elles étaient enceintes, cherchaient à concevoir, ou
étaient stérilisées pour des motifs thérapeutiques ou contraceptifs. Seulement 3% des femmes n'utilisaient pas de méthode contraceptive et ne voulaient plus d'enfants.
Les choix de méthodes contraceptives des premières montrent une nette préférence
pour la contraception hormonale (pilule), 36,8%, suivi du dispositif intra-utérin
(stérilet), 16,1%. Les méthodes féminines locales (diaphragme, tampons spermicides,
etc.) sont rarement utilisées (0,6%). Certains couples préfèrent l'abstinence (4,1%), en
tenant compte éventuellement de méthodes d'observation du cycle de la femme
(variation de sa température ou de sa glaire cervicale); d'autres préfèrent l'utilisation par l'homme d'un préservatif (4,6%) ou du retrait (2,6%). Contrairement à d'autres pays développés, la stérilisation masculine - illégale, il est vrai, au vu de l'état du droit en France - est rarement pratiquée.
En effet, il n'y a pas de loi spécifique régissant la pratique de la stérilisation,
mais l'interprétation des textes généraux du droit pénal français amène à conclure
qu'une intervention aux conséquences stérilisantes n'est admise que dans le cadre
d'une nécessité thérapeutique. La stérilisation à visée exclusivement contraceptive
paraît alors en principe exclue (voir plus loin, la section sur l'état du droit en
France). Pourtant, d'après la même enquête, confirmée par des enquêtes auprès des
praticiens5, presque neuf cent mille femmes en âge de procréer (20 à 49 ans) sont
stérilisées pour des raisons médicales, mais aussi à la suite de demandes de nature
contraceptive. Le nombre annuel de stérilisations, toutes indications confondues, est
estimé à environ 30 000 (il y a 5000 gynécologues-obstétriciens en France).
Toutefois, la pratique de la stérilisation féminine est beaucoup moins
prévalente en France qu'ailleurs: toujours en 1994, la proportion des femmes
stérilisées, âgées de 20 à 49 ans est de 7,1% (tous motifs confondus). Une enquête plus
ancienne indique qu'en 1988, ce pourcentage était déjà de 7%. En chiffres absolus,
l'évolution du nombre de stérilisations paraît stable: le nombre de femmes
stérilisées âgées de 45 à 49 a augmenté depuis 1988, mais cette augmentation est
accompagnée d'une régression de la stérilisation chez les femmes âgées de 30 à 44
ans, la stérilisation des femmes jeunes (20 à 29) restant quasiment stable. On peut
faire l'hypothèse que la stérilisation, qui n'a jamais été très répandue, fait dans notre
culture l'objet d'une réticence, qui s'atténue quand approche la ménopause.
Les chiffres de l'enquête de 1994 montrent, en effet, que la stérilisation
concerne plutôt les femmes plus âgées. Rares sont les stérilisations pratiquées sur des femmes de moins de 35 ans: elles ne représentent que 0,5% des femmes âgées
respectivement de 20 à 24 et de 25 à 29 ans, ainsi que 1,5% des femmes âgées de 30 à
34 ans. En revanche, la proportion des femmes stérilisées augmente
considérablement au-delà de cette limite: elle double en passant de la tranche de 35- 39 ans (6,4%) à celle de 40-44 ans (12,7%), et à nouveau à celle de 45-49 ans (21,7%).
L'évolution de la pratique semble donc concerner principalement les femmes
plus âgées. Les chiffres reflètent, très certainement, le fait que les indications
médicales majeures s'appliquent le plus souvent à ces femmes. Mais on ne peut
éliminer l'hypothèse que les demandes de stérilisation contraceptive soient
également plus nombreuses parmi les femmes entre 35 et 49 ans. On peut
éventuellement déceler ici un effet de génération. Les femmes qui avaient 20 ans et
plus dans les années 70, ont eu accès à des techniques de contraception plus efficaces;
en s'approchant de la ménopause, elles sont éventuellement plus réceptives à l'idée
d'une stérilisation à visée contraceptive. Le nombre de stérilisations pratiquées chez
les femmes jeunes reste peu important et son évolution stable: ces stérilisations
correspondent probablement à des indications de nécessité thérapeutique, et
éventuellement à des stérilisations de personnes malades mentales ou handicapées mentales, dont l'indication pour nécessité thérapeutique paraît discutable.
ETAT DE LA PRATIQUE MEDICALE EN FRANCE
Les techniques
La stérilisation à visée contraceptive peut être masculine (vasectomie) ou
féminine (section, ligature ou obstruction par clips des trompes). Mais les conditions
de sa réalisation et les conséquences, au cas où la personne viendrait à regretter sa
décision de supprimer sa fécondité, sont différentes.
La vasectomie est une intervention chirurgicale simple et rapide qui se
pratique sous anesthésie locale; les techniques habituelles par occlusion des déférents ont un faible taux d'échec (de 0 à 2,2% de grossesses chez la femme après vasectomie du partenaire) 6. La réversibilité de l'intervention est possible, mais la technique microchirurgicale est beaucoup plus délicate et les résultats, souvent aléatoires. Bien évidemment, le succès de l'intervention dépend de sa réussite technique ainsi que de la présence du sperme dans l'éjaculat (les taux de succès rapportés dans les publications pouvant alors être relativement élévés, de 50 à 85%); mais à terme le succès renvoie à une grossesse évolutive chez la femme suivie d'une naissance (les taux de succès étant alors plus bas) 7. Il existe une possibilité de conserver la fertilité de l'homme (sous condition de recours à la procréation assistée) par une congélation préalable du sperme; encore une fois, la réussite de ce procédé n'est effective que lorsqu'il y a une naissance à terme.
La section, la ligature ou l'obstruction des trompes constitue une intervention
bien plus lourde qui nécessite une anesthésie générale; elle a un faible taux d'échec
(environ 1 pour cent de grossesses après l'intervention). La récupération des
capacités procréatrices impose, à nouveau, une intervention lourde par
microchirurgie avec anesthésie générale.
Un bilan récent de résultats de reperméabilisation tubaire dans un service
expérimenté8 fait état d'un taux de grossesses variant de 60 à 80% après deux ans -
chiffres comparables aux résultats d'études plus anciennes citées par l'auteur. L'âge
de la femme s'est révélée être le facteur le plus important dans le succès de
l'intervention, les chiffres les plus élévés concernant les femmes les plus jeunes.
Toutefois, d'autres facteurs étaient également importants, notamment la longueur
du tube restant après stérilisation et la méthode de stérilisation utilisée (l'obturation
par clippage offrant les meilleures chances de reperméabilisation). Il faut souligner
que ces résultats se rapportent au nombre de femmes effectivement opérées et non
pas au nombre de femmes ayant demandé une reperméabilisation: certaines femmes ont été exclues à la suite d'un examen préalable comprenant, également, la
recherche de facteurs d'infertilité éventuelle chez le partenaire.
En cas d'échec ou d'impossibilité de recourir à une réperméabilisation, il reste
théoriquement l'option d'une fécondation in vitro. Toutefois, les chances de donner
naissance à un enfant ne sont pas élevées et le sont d'autant moins que l'âge de la
femme est plus élévé. De plus, cette solution pourrait être interdite par une
interprétation de la loi du 29 juillet 1994, qui n'autorise l'assistance médicale à la
procréation que pour remédier à des cas d'infertilité "dont le caractère pathologique
a été médicalement diagnostiqué."
Il faut distinguer les techniques de stérilisation à visée contraceptive des actes
chirurgicaux aux conséquences stérilisantes (hystérectomie, endométrectomie,
castration) pratiqués pour un motif thérapeutique (par exemple, cancer de l'utérus,
des ovaires, ou des testicules; hémorragie cataclysmique de l'utérus). Ces actes
chirurgicaux relèvent du cadre déontologique habituel de la pratique médicale et ne
posent pas les mêmes problèmes que les stérilisations de première intention (voir
plus loin, la section sur l'état du droit en France).
Les principales indications
Dans l'état actuel de la pratique médicale en France, une visée exclusivement
contraceptive constitue rarement une indication valable de stérilisation chez un
homme ou chez une femme. Les indications généralement admises répondent à des
critères définissant une nécessité thérapeutique, voire des motifs médicaux sérieux,
ce qui, dans l'opinion de certains praticiens, va jusqu'à inclure des considérations
socio-psychologiques. Une probabilité élevée de transmettre une maladie héréditaire
à sa descendance est également admise par certains praticiens comme motif médical sérieux.
1 - Les indications médicales majeures
Ce sont des situations où la grossesse constitue un risque vital pour la femme:
situations obstétricales (par exemple, risques de rupture utérine, césariennes
répétées); situations chirurgicales (malformations utérines, cancers); situations
médicales (pathologies graves cardiaques ou métaboliques, hémopathies). Dans ces indications, une stérilisation à visée contraceptive pratiquée au cours d'une
intervention chirurgicale à l'insu des patientes constituerait une violation du code
de déontologie.
2 - Les indications et autres considérations relatives à la contraception
Certains gynécologues estiment qu'une stérilisation à visée contraceptive peut
se justifier d'un point de vue médical lorsqu'un certain nombre de conditions sont
réunies. La stérilisation se pratique le plus souvent sur la femme, mais dans un
certain nombre de cas, le mari ou compagnon se propose ou accepte de subir une
vasectomie.
Dans l'évaluation des demandes, entre un ensemble d'éléments: l'âge de la
femme, le nombre de grossesses et d'accouchements, l'âge du dernier enfant,
l'existence de pathologies mineures, l'intolérance à l'usage prolongé d'autres
procédés contraceptifs (pilule, stérilet), des antécédents d'interruptions volontaires de grossesse, ainsi que des éléments socio-psychologiques (conditions de vie, situation du couple). On cherche ainsi à tenir compte de l'évolution du
comportement des femmes, et plus généralement des couples, vis à vis de la
reproduction. En effet, dans l'ensemble de la population, les grossesses
interviennent de plus en plus tardivement dans la vie d'une femme. Ce fait est plus
accentué en milieu urbain: à Paris en 1980, 40% des grossesses sont survenues chez
des femmes de 30 ans et plus; en 1990 ce sont 50% des grossesses (20% survenant
chez des femmes de 35 ans et plus). Par ailleurs, si les tendances actuelles se
poursuivent, un tiers des mariages se termineront par un divorce; quant aux unions consensuelles, elles sont encore plus fragiles. Une nouvelle union peut conduire à souhaiter une naissance qui n'était pas envisagée quelques années plus tôt.
Les médecins qui acceptent de pratiquer des stérilisations contraceptives
suivent alors quelques règles de prudence:
- Une évaluation rigoureuse des critères médico-socio-psychologiques pouvant
conduire à envisager une stérilisation.
- Une information sur les méthodes de contraception ainsi que les contraintes et
les conséquences de la stérilisation.
- Un délai de réflexion de quelques mois, la femme (ou l'homme) et le couple
étant aidés par des conseillers qui tiennent compte des conditions de leur vie et
des conséquences psychologiques éventuelles d'une stérilisation.
- Un consentement écrit de la femme (ou de l'homme) concernée après un libre
choix informé.
Le Collège national des gynécologues-obstétriciens a édicté des
recommandations qui reflètent cette pratique.
Les demandes de reperméabilisation
Parfois, après avoir subi une stérilisation, une femme ou un homme
demande dans un deuxième temps une intervention réparatrice. On peut dans ces
cas penser que la décision de stérilisation a été trop hâtivement prise. Ces demandes interviennent notamment après le décès d'un ou de plusieurs enfants, quand une stérilisation a été pratiquée sur une femme ou un homme très jeune, ou encore en situation de changement de partenaire. Selon l'étude des résultats de
reperméabilisation tubaire citée ci-dessus9, les demandes émanent de femmes ayant
été stérilisées très jeunes, au cours d'une césarienne ou juste après un
accouchement; la plupart des demandes, jusqu'à 60%, étaient motivées par un
bouleversement de la vie conjugale.
L'existence de ce groupe de patients permet de poser la question de la
réversibilité de la technique. En effet, une stérilisation ne peut être considérée
comme réversible uniquement parce qu'il existe la possibilité de recourir à une
intervention réparatrice permettant d'aboutir à la reconstitution d'une anatomie
normale. La réversibilité n'est effective que lorsque l'intervention réparatrice est
suivie de grossesse et naissance. Cette précision est importante car, selon les
publications, le terme réversibilité renvoie à la demande de réperméabilisation, à la
reconstruction réussie d'une anatomie normale, ou au nombre de grossesses
constaté (nombre qui inclût les grossesses extra-utérines). Or seul le nombre
d'enfants nés vivants par rapport au nombre de demandes initiales de
réperméabilisation peut nous donner une estimation adéquate de la réversibilité de
la technique.
Dans l'ensemble, les conséquences socio-psychologiques à long terme de la